Oloron-Sainte-Marie, 23 décembre 2025 – En pleine effervescence des fêtes de fin d’année, Oloron-Sainte-Marie a été le théâtre d’un drame qui a glacé d’effroi une communauté paisible. Jugé ce lundi 22 décembre en comparution immédiate au tribunal de Pau, un quadragénaire local de 46 ans, sans antécédent judiciaire, a comparu pour son irruption terrifiante fusil en main dans l’hôtel-bar-restaurant Le Central, vendredi soir dernier. Sept victimes – le patron, ses salariés et une cliente innocente – ont rempli les bancs de la partie civile, leurs regards hantés témoignant d’une peur viscérale. « Ils ont vu la mort en face », a résumé sobrement le représentant du procureur, capturant l’horreur d’une soirée qui a basculé dans le cauchemar.
Une soirée qui dérape en spirale infernale
Les faits remontent au vendredi 19 décembre, vers 00h45. Tout avait pourtant commencé innocemment, ou du moins en apparence. L’après-midi même, vers 16 heures, une dispute éclate entre le prévenu et sa fille, un banal conflit familial qui va enclencher une descente aux enfers. Plutôt que de rentrer chez lui, l’homme, garagiste de profession, décide de noyer son chagrin dans l’alcool. Du cimetière où reposent ses parents, récemment décédés à quelques mois d’intervalle, il migre vers le comptoir d’un premier bar. Puis direction Le Central, où il retrouve un groupe d’amis pour enchaîner bières, whiskies, Ricard et « d’autres verres que je ne connaissais même pas », avoue-t-il d’une voix pâteuse lors de l’audience.
Il quitte l’établissement une première fois, mais revient peu après, déjà copieusement ivre. Le patron, sentant le danger, refuse de le servir. Furieux, l’homme profère alors des menaces de mort avant de repartir. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une troisième venue, et cette fois, c’est armé qu’il franchit le seuil : un fusil de chasse calibre 12 à double canon, sorti de son garage. Dans le bar bondé de clients attardés, la panique explose. Il déambule, arme brandie, hurlant « Ils sont où ces fils de p… ? » et surtout « Je vais tous les buter ! ». Certains se terrent derrière des voitures garées dehors, d’autres s’échappent par une fenêtre, deux employés s’enferment en réserve, des clients sont précipités en cuisine pour y être mis à l’abri. « L’un d’eux a même cru à un attentat », glisse le procureur, soulignant la terreur collective.
Le récit fragmenté d’un « trou noir »
Au box des accusés, encadré par deux gendarmes, le prévenu – un père de famille aux traits tirés – s’empresse de présenter des excuses larmoyantes : « Je m’excuse auprès de toute l’équipe du Central et de tous ceux qui ont eu peur ». Mais de cette soirée fatidique, il n’a gardé qu’un « trou noir », un vide abyssal seulement ponctué d’un « flash » : lui au volant, fusil en main, tirant en l’air derrière chez lui. Les enquêteurs ont retrouvé deux cartouches percutées dans ses poches, confirmant peut-être cet épisode isolé. L’arme elle-même, non chargée heureusement, a été localisée grâce au flair infaillible d’un chien spécialisé des gendarmes.
Interrogé sur ses motivations, l’homme soupire : « J’avais plus envie d’en finir avec moi qu’autre chose ». Idées suicidaires, dépression larvée, épuisement professionnel : le tableau est sombre. Ouvrier acharné travaillant 12 heures par jour pour boucler les fins de mois – « à découvert le 8 du mois », précise-t-il –, il cumule les tourments. Alcoolique repenti depuis un an et demi après un premier avertissement judiciaire pour violences conjugales, il n’a jamais entrepris de suivi médical. « Je sais que la dépression c’est le problème », admet-il, tête basse.
Enquête minutieuse et suites judiciaires
Les gendarmes, alertés par les appels paniqués, ont reconstitué le puzzle grâce à la vidéosurveillance et aux témoignages multiples. La nuit se poursuit en courses-poursuites : refus d’obtempérer, traversée d’un rond-point au milieu, avant une reddition à la brigade. Au total, cinq infractions graves lui sont reprochées : menaces d’homicide, exhibition d’arme, violence avec arme, refus d’obtempérer et mise en danger d’autrui.
La présidente du tribunal s’attarde sur sa personnalité « fragile ». Son avocat, Me Pascal Hippert, plaide l’indulgence : « Le fusil n’était pas chargé. Il titubait, il n’était pas en mesure de faire quoi que ce soit. C’est l’homme excédé qui a craqué ». Le parquet, plus sévère, évoque des « pulsions morbides » mêlant suicide et meurtre : « On n’est peut-être pas passé très loin d’un vrai carnage ». Réquisitoire : un an de prison ferme avec mandat de dépôt, de peur de le voir « arpenter les rues d’Oloron dès ce soir ».
Verdict clément mais contraignant
Le tribunal opte pour la mesure : un an de prison aménagée sous bracelet électronique (24 mois dont 12 avec sursis probatoire), assorti de soins obligatoires et d’une interdiction formelle de fréquenter les bars. « Je veux juste pouvoir travailler et continuer à faire vivre ma famille », murmure le quadragénaire, soulagé mais marqué. Les victimes, traumatisées et silencieuses à l’audience, se sont vues représentées par leur avocate qui a martelé : « Ils ont vu le canon braqué sur eux ! ».